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Explorer la photographie documentaire. Proposition.

La photographie documentaire, dans son acceptation actuelle la plus courante, est celle qui, par l’image, révèle un phénomène. Le phénomène peut être « humain » d’échelle individuelle ou sociale ou  alors « naturel », c’est-à-dire se rapportant à tout le règne animal, végétal, géologique, météorologique, etc.

À ce titre, la photographie documentaire cherche à mettre en évidence les phénomènes de type mutation, transformation, évolution, chute, soulèvement, stagnation. Certains photographes chercheront, par exemple, à documenter un phénomène « lors de l’instant précédant sa chute ». Ce moment charnière, le plus significatif d’entre tous les moments constituant la durée d’un phénomène, serait donc un exemple d’une photographie à valeur documentaire, notamment parce qu’elle impose la réflexion sur un moment très précis dans le temps suggérant un avant et un après.

Mais il existe plusieurs autres formes de photographie documentaire, dont la proposition qui suit.

J’ai toujours nourri l’idée de mettre mon appareil photo au service des sciences sociales, dans la mesure où la série documentaire que je produirais serait en elle-même et au niveau de son contenu « objet d’analyse ». Une série qui produirait le même effet sur l’observateur en 10 images qu’un article le ferait en 10 pages.
Après tout, les sciences sociales sont-elles autre chose que l’appréciation qualitative et/ou quantitative du réel politique, économique, social et culturel d’une communauté donnée? Si c’est cela, la photographie peut se qualifier comme outil des sciences sociales.

La série que je présente ici est la première que je dirais achevée suivant les termes de la précédente idée.  En dix images, je vous propose une étude socio-économique de Bamako. Aucun humain n’y figure, et pourtant, je suis convaincu que cette série en évoque beaucoup sur les dimensions sociales, économiques et culturelles de Bamako.

Ainsi, après plusieurs semaines à me bercer dans le quotidien de cette ville, j’en suis venu à identifier les dix produits les plus consommés quotidiennement par les Bamakois.  Ces dix objets, déshabillés sur fond noir, témoignent à eux seuls et notamment :
– De l’avancée technologique d’ici (voir l’image sur l’hygiène et le charbon)
– De la manière dont se pratique le pouvoir (voir l’image corruption)
– Du rythme de la journée (le travail à Bamako se fait rythme du service du thé)
– Du pouvoir d’achat moyen (voir image cigarette à l’unité et somme totale des dépenses quotidiennes)
– De la présence de produits étrangers sur le marché (condiment néfaste Maggie)
– De la locomotion moyenne (un litre d’essence n’est pas destiné à l’automobile, mais à la petite moto)
– De la consommation « en vrac » (riz, charbon, cigarettes)

J’aimerais bien pouvoir réaliser le même exercice à Paris, Tokyo, La Havane et San Francisco. Puis, comparer…

1 dollar canadien = 500,38 francs CFA


À bientôt Bamako

J’ai quitté Bamako, il y a de cela 4 jours. Après un mauvais moment passé dans un autobus en direction de Dakar, me voici arrivé dans la grande capitale du Sénégal, prêt pour la deuxième étape de mon périple en Afrique de l’Ouest. J’y retrouverai ici mon ami Thomas ainsi que, détail non négligeable, celle que j’aime… Je serai de retour à Bamako en février, inch Allah.

Mon dernier jour au Mali n’aurait pu être davantage « paré des signes du destin » qu’il le fut. En fait, véritable coup de théâtre, après trois mois à n’avoir pu encaisser le moindre franc au Mali, on m’appelle la veille de mon départ pour me proposer d’animer un atelier sur la photographie documentaire devant un groupe composé d’une vingtaine de journalistes bamakois, en provenance des milieux de la presse écrite, radio et télé. Hésitation brève suivie d’un « oui », je me suis retrouvé le lendemain au conservatoire de Bamako afin d’y parler dans un langage pédagogique de ma passion; la photo. Public ravi, plusieurs contacts en poche et rémunération symbolique, je ne pouvais mieux boucler la boucle de mon séjour dans la capitale malienne. Comme si la ville s’excusait de son manque de moyen, mais tenait tout de même à me signifier l’appréciation qu’elle a eue de mon travail. Enfin, mieux vaut le voir ainsi!

Dans la nuit, à la gare d’autobus, mon vieil ami m’a regardé partir en ne cachant pas ses larmes. J’ai compris l’importance de ce que j’ai amorcé ici, il m’a fait savoir que mon retour rapide était nécessaire. Bien que déchiré, je sais que février arrivera vite, trop vite, et que je serai de retour dans la ville de la moto Jakarta.

Photos: expériences de portraits avec des toiles commandées à mon ami guinéen Mamy Lolo.

Modèles: Fanta: technicienne laboratoire à l’école de photo et Boiré, gardien de l’école.

Bonne année!

Simon


Nyamina

J’ai eu le privilège d’accompagner un groupe de réalisateurs et acteurs au Festival de cinéma de Nyamina, parrainé par Souleymane Cissé. Ce fut aussi l’occasion pour moi et Mamy Lolo d’installer un atelier-kiosque au milieu de la grande place du village. Nous y confectionnions les écharpes commémoratives de l’événement. Une semaine à baigner dans un village authentique, non électrifié et habité de familles hospitalières. Entre les spectacles et projections, j’ai parcouru la nuit comme le jour les petites rues à l’ombre des murs de banco, les champs aux abords de la ville et la rive du Niger. Je vous présente non sans fierté l’une de mes séries les plus « matures » à ce jour. À Nyamina mon oeil, mon appareil photo et mon inspiration se sont rejoints.

Cette série que je qualifie de documentaire pose (une fois plus) la question de
«Qu’est-ce qui est documenté?»; les lieux-manifestations-et-habitants de ce village, en eux même, ou alors l’expérience intime d’un photographe s’y baladant?

Joyeux temps des fêtes.

Simon Grégoire

POUR BIEN VISIONNER LA GALERIE: CLIQUER DANS L’ESPACE BLANC ENTRE DEUX RANGS.

( le visionnement est sinon très pénible et le chargement trop long)

POUR BIEN VISIONNER LA GALERIE: CLIQUER DANS L’ESPACE BLANC ENTRE DEUX RANGS.

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Photographie: Mamy Lolo artisan moderne

Mamy Lolo, le « Guinéen », est établi au Mali depuis 25 ans où il évolue à titre d’artisan indépendant apte au dessin, à la peinture, à la couture et à la musique. Ainsi, il gagne sa vie. Il parle sans arrêt de l’Afrique et des Africains. Il discute franchement, sans censure et au risque de démarrer des joutes verbales interminables avec quiconque s’assoit devant lui.

Il a commenté et interprété ce proverbe africain l’autre soir:

« Quand une fourmi lève un grain de riz, c’est toute la fourmilière qui applaudit »

– Mamy Lolo: Lorsque ATT* se trouve à l’ONU et prend la parole devant l’assemblé, toute l’Afrique est fier de voir un des siens réaliser cet exploit. Mais l’occident s’en fout! Il ne le laisse parler que par protocole honorifique et bien paraître! Il n’y a pas d’exploit là! Un grain de riz, un vulgaire grain de riz?! Ce n’est pas un exploit! Voilà l’Africain, il s’emballe lorsque son frère présente les signes de richesse, de force et de pouvoir alors qu’il n’en est rien.

*Amadou Toumani Touré (ATT), actuel président du Mali.

Mamy Lolo pose et repose la question du « problème africain ». Il cherche à enseigner quelque chose à chaque frère et soeur qu’il croise en tâchant de le sortir de sa tradition-prison.

À Bamako il est salué partout et il a de nombreux amis qui veulent l’aider, mais qui ne savent pas comment. Je dirais que, pour l’instant, mon travail avec lui consiste à formuler en document écrit, structuré et applicable ses nombreuses idées pour ensuite les vendre à ses mécènes qui n’attendent de lui que cela. Ces jours-ci, nous élaborons la maquette de son livre-manuel que le ministère de la Culture attend, semble-t-il, impatiemment.

Vivement décembre.

 


Un peu d’ici – Novembre 2011

Un autre mois s’est écoulé, celui qu’il fallait pour m’apercevoir de la « dimension temps» du séjour dans lequel je me suis lancé. En fait, deux mois, c’est le temps qu’il faut pour que l’aventure quotidienne caractéristique du premier mois soit graduellement remplacée par, oui, la routine… Fini le temps des « premières fois »; on a fait le tour des restaurants et principaux bars, on connait la communauté des expatriés et on indique au chauffeur du taxi où tourner pour éviter le trafic et se rendre plus vite au travail et à la maison. L’enveloppe qui fait d’une ville un lieu d’abord énorme et imprenable est percée; je sais maintenant à quoi m’en tenir. Et c’est maintenant que le travail commence; les lieux et cercles que je ne fréquente pas déjà sauront d’autant plus durs à pénétrer qu’il me faudra accepter de quitter le confort et la sécurité de la routine pour les découvrir.

Ce sera donc le défi pour décembre: moins de « touche à tout » et davantage d’efforts sur ce qui m’est resté inconnu jusqu’à présent.

Pour commencer, j’héberge maintenant à la maison un ami, l’artiste peintre Mamy Lolo. C’est un Guinéen dans la soixantaine, établi au Mali depuis 25 ans. Sa langue est un organe indépendant du reste de son corps, qui ne lui obéit pas et qui j’en suis certain continue à gesticuler quand il dort. On travaillera ensemble sur son livre, un vieux rêve qu’il nourrit depuis longtemps; je le rédigerai suivant ses directives et quelques brouillons, je l’illustrerai de photographies de ses réalisations.

Finalement, je vous propose une sélection d’images prises depuis deux mois à l’école de photographie où je m’implique. Elles couvrent notamment les activités en lien avec la biennale, le va-et-vient des enfants dans le studio et le flânage des étudiants dans le jardin. À bientôt!

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Série: le «circuit»

Photographier, c’est à dire l’action même de déclencher l’obturateur  pour voir le réel soudainement reconstruit sur l’écran numérique de l’appareil; c’est là le plaisir brut de cette pratique. Pour le plaisir de magnifier les choses, pour immortaliser un lieu qu’on ne revisitera jamais, pour témoigner d’un événement unique auquel on assiste : voilà les formes élémentaires de la photographie. À mon avis, toute la question de l’Art, en photographie, touche les propositions qui suggèrent le dépassement de ces formes élémentaires. Par exemple, intégrer une temporalité dans l’image d’un bâtiment centenaire, suggérer le mysticisme d’un lieu grâce à une «mise en cadre» difficilement déchiffrable ou simplement livrer à l’observateur une image narrative dont il ne possède pas les clés de lectures et qui le laisse pantois; voilà pour moi le défi et plaisir de la photographie.

La série qui suit fut réalisée au pays Dogon, à Sévaré, Mopti et Djenné (Mali). Ce sont les villes touristiques du Mali, de par leur histoire et l’ambiance médiévale qui y règne. Je suis revenu de ce périple avec cette impression: je dois cesser de regarder de haut les lieux renommés pour leurs attraits touristiques par phobie d’être associé au cortège des riches nordistes en vacances. Ces sites existent avant et par delà le tourisme et c’est pourquoi nous continuons à nous y rendre. Les effets de notre passage se lisent dans la paume des enfants qui quémandent cadeaux et bonbons sur la route, conséquence désolante, mais inhérente à la rencontre entre deux cultures si distante. Finalement, je crois que moi aussi, jeune et n’ayant connu que mon village, je demanderais un cadeau à cet hurluberlu de passage qui semble posséder dans son sac plus de richesses que tout le village entier…

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